En France, environ 400 000 personnes sont porteuses de TSA (Troubles du spectre autistique) ou anciennement appelé syndrome d’Asperger. Un grand nombre d’individus est encore non ou mal diagnostiqués. Loin de la curiosité médiatique où des capacités hors normes sont basées sur un syndrome autistique, c’est bel et bien un handicap de tous les jours. L’autisme n’est pas une maladie, c’est un handicap avec lequel on apprend à vivre toute une vie. Les troubles autistiques se manifestent de manières différentes car il faut rappeler que chaque personne est unique. Des similitudes apparaissent, c’est la triade autistique : difficultés de communication et d'interactions sociales, comportements répétitifs et intérêts restreints. Les expressions courantes avec le terme autiste sont révélatrices de moqueries ou d’incompréhension face à ce handicap encore de nos jours : « Espèce d’autiste ! » dans le but de nuire ou encore « Arrête de faire l’autiste ! » pour signifier une personne dans sa bulle.

Lorsque l’on pense autisme, c’est tout d’abord à l’enfant ou l’adolescent qu’on fait référence. La série « troubles » permet une mise en lumière d’adultes qui ont entre 20 ans et 60 ans. Ils nous laissent entrer dans leur intimité, leurs sujets de discussions, leurs centres d’intérêts et leur environnement personnel. « Troubles » est le résultat d’un travail sur plusieurs années avec des rencontres préalables qui ont été nécessaires. La photo n’est que la finalité d’une confiance mutuelle établie entre le sujet et la photographe. Le parcours différent de chacun d’entre eux crée un discours commun porteur à tous. Sensibiliser, lutter contre les clichés et interroger la place de chacun dans notre société. Eux, qu’on efface volontairement à cause de leur « différence », leur « étrangeté », leur « bizarrerie » n’ont plus à se cacher.

Les photographies sont frontales, telles quelles, sans recherche de mise en scène, car de toute façon, c’est impossible. Noémie utilise un appareil photographique argentique en adéquation avec le sujet. Le temps d’installation du matériel permet de discuter et de ressentir la confiance mutuelle. Non seulement Noémie utilise un procédé photographique en lien avec le sujet, mais aussi leur laisse la possibilité de choisir quand se prendre en photo avec une poire de déclenchement. Ils sont maîtres de leur choix. C’est une façon d’affirmer leur existence. A travers ce procédé, ils décident du regard que l’on portera sur eux. Ils le maîtrisent. Affirmer son image et se montrer tels qu’ils sont au naturel, sans artifice, sans tricher.
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